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Monday, July 03, 2006

La réputation



Projet de séminaire Fondazione Olivetti, Rome, printemps 2007. Organisé par: Pasquale Pasquino et Gloria Origgi

La réputation joue un rôle fondamental dans nos relations sociales, morales, économiques et épistémiques. En quoi consiste la réputation ? Pourquoi semble-t-il si important de l’acquérir et de la préserver ? C’est loin d’être évident. En économie, la réputation est la crédibilité qu’on reconnaît à un individu ou à une institution sur la base de ses actions passées et qui influence notre décision de nous engager dans une relation de confiance. En ce sens, chercher à acquérir et préserver une réputation est rationnel car c’est une façon d’augmenter ses possibilités d’interactions fructueuses avec autrui. Vouloir une bonne réputation est donc en ce sens une passion de l’utile.

Mais on peut parler de réputation dans un sens très différent. Par exemple, selon Boltanski et Thévenot (1991) dans une « société de l’opinion » comme la notre, la gloire ou la réputation sont un fin en soi. En ce deuxième sens, la réputation est liée à la recherche de reconnaissance comme forme de réalisation de soi, une passion de la gloire opposée à un passion de l’utile. La recherche de reconnaissance n’est pas réductible à la recherche d’autres bénéfices.

Dans un troisième sens, la réputation est une vertu morale: c’est l’identité qu’un individu présente aux autres en se conformant à un ensemble hétérogène de normes de conduite, critères de moralité et de décence qu’il peut avoir hérité de son milieu ou qu’il considère comme essentiels pour sa réalisation morale. La déférence à un modèle de vie exemplaire peut être quelque chose que l’on s’impose à soi-même ou qui est imposé par l’extérieur. Acquérir ou perdre une réputation en ce sens ne dépend pas toujours de nos actions. Dans La lettre écarlate de Hawthorne, Hester Prynne perd sa réputation à cause d’un adultère et subit une série de rituels de dégradation sociale même si elle n’intériorise pas la norme morale en question. Dans The remains of the day de Kazuo Ishiguro, l’impeccable majordome Stevens a le sentiment de perdre sa réputation lors que le nouveau propriétaire du manoir où il a travaillé toute sa vie lui demande de s’adapter à un code de comportement plus « moderne » et démocratique. Et, dans La Traviata, la jeune sœur d’Alfredo Gerson risque de perdre sa réputation si son frère n’interrompt pas sa relation avec Violetta Valéry, sans avoir rien fait elle-même.

Enfin, dans le domaine du savoir, la réputation est un signal de status qui oriente nos choix dans des situations d’incertitude. Nous faisons confiance plus facilement en un médecin qui a une bonne réputation même si nous n’avons pas d’accès aux critères sur lesquels celle-ci se fonde. La réputation dans un domaine de connaissances est un critère indirect fondamental pour structurer nos connaissances et nous orienter nos choix dans ce domaine.

Le séminaire abordera la question de la réputation à partir de ces perspectives différentes en essayant d’ouvrir un débat atour de quelques questions centrales:

1.A-t-on besoin d’une réputation et pourquoi? La réputation est-elle un fin en soi ou un moyen pour atteindre d’autres fins?
2.Quels sont les mécanismes de « contagion sociale » qui font ainsi que la réputation se transmet d’un individu à ses proches?
3.Quel est le rôle de la réputation dans la connaissance? Comment l’acquisition d’information s’appuie-t-elle sur la réputation et, inversement, comment la réputation s’appuie-t-elle sur l’information?

Références

M. Bacharach, D. Gambetta (2001) “Trust in Signs” in. K. S. Cook (ed) Trust in Society, Russell Sage Foundation.
L. Boltanski, L. Thévenot (1991) De la justification. Les économies de la grandeur, Gallimard.
B. Carnevali (2006) “Potere e riconoscimento: il modello hobbesiano”
H. Garfinkel (1961) “Conditions of successful degradation ceremonies”, Journal of Sociology, 420-423.
J. Henrich, F. Gil-White (2001) “The evolution of prestige. Freely conferred deference as a mechanism for enhancing the benefits of cultural transmission”, Evolution and Human Behaviour, 165-196.
A. Pizzorno (2006) “Capitale sociale, reputazione, visibiltà”